Page:Ivoi - La Mort de l’Aigle.djvu/273

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forcé d’abandonner la tienne. Chacun de nous est un enfant trouvé… Soyons frères, Henry.

Dans ces paroles vibrait une émotion communicative.

Les yeux gonflés de larmes, le voltigeur se jeta dans les bras d’Espérat.

— Merci, merci, bégaya-t-il…, j’accepte ton amitié… Mais je veux en être digne… Demain j’irai trouver le capitaine, comte de Rochegaule.

— À quel propos ?

— Pour lui dire… Je t’ai volé ton affection,… un autre y avait droit.

Mais Milhuitcent secoua la tête :

— Moi, vas-tu dire ?

— Sans doute.

— Es-tu certain que cela soit vrai ?

— Oui, je le sens…

— Cela ne suffit pas pour crier à un père : Voilà ton fils !… Il faut prouver.

— Eh bien… l’absence de d’Artin, dans la nuit de l’enlèvement, a duré deux heures à peine… il n’a pas pu aller bien loin, même à cheval… le lendemain on te découvre près de Stainville,… tu as les traits de Mme de Rochegaule…

— Tout cela ne suffirait pas en justice.

Henry crispa ses mains avec une rage impuissante :

— Alors, que faire ?

— Te taire.

— Me taire,… c’est continuer à mentir,… à tromper le comte,… à recevoir ses témoignages de tendresse auxquels je n’ai aucun droit.

— C’est surtout Laisser à ce père tant éprouvé, l’illusion d’avoir encore un enfant.

— Mais c’est la prolongation de ma torture que tu exiges.

Espérat eut un mélancolique sourire :

— Et moi, crois-tu que je ne souffre pas. Tes suppositions peuvent être exactes. M. de Rochegaule peut être mon père,… cependant je scelle mes lèvres, je m’interdis de prononcer les paroles qui jaillissent de mou cœur.

— Ah ! je ne te comprends pas, gémit le soldat…

Le fils adoptif de M. Tercelin saisit les deux mains de son interlocuteur et le dominant du regard :