Page:Ivoi - Le Message du Mikado.djvu/385

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— Rien de bien douloureux, mademoiselle. Vous conduire à Aden, tout simplement.

— À Aden, répéta la fillette, si précipitamment qu’elle arrêta l’exclamation prête à jaillir des lèvres du plénipotentiaire japonais ; et apparemment décidée à l’empêcher de parler, elle continua avec volubilité : À Aden, cette cité sise près du détroit de Bab-el-Manbed, à la sortie de la mer Rouge sur l’océan Indien, et grâce à laquelle l’Angleterre, établie là comme à Port-Saïd et à Suez, a transformé la mer Rouge en un lac anglais.

— Absolument.

— Mais dans quel but ?

— Un but raisonnable. Mettre les « liseurs de chiffres » [1] à même d’examiner certain message de S. M. le mikado.

Et tous demeurant sans voix, un éclat de rire joyeux fusa dans l’air. C’était Emmie qui, au prix d’un héroïque effort, simulait une débordante gaieté.

— Ah ! s’écria-t-elle enfin, ils ne l’examineront pas.

— Parce que ? interrogea son interlocuteur.

— Nous l’avons laissé, très abîmé par un M. Midoulet que vous connaissez sans doute, au Caravansérail des Turbans-Verts.

Une idée avait germé brusquement dans le cerveau de la fillette. Si elle pouvait donner le change à ses geôliers, peut-être les inciterait-elle à revenir à Bassorah. Une fois là, on verrait à se débarrasser d’eux. Mais cet espoir devait s’évanouir aussitôt.

À son tour, le personnage au revolver se laissa aller au rire le plus franc.

— Allons, mademoiselle, je vois que je dois vous conter une petite parabole.

— Une parabole, dites-vous ?

— Très symbolique, oui. Il y avait une fois un cerisier qui ne portait qu’une cerise ; une seule, c’est peu ; mais elle était si grosse, si rouge, si appétissante, que les passants ne la pouvaient voir sans la cueillir. Vous me suivez bien ?

— Je suis suspendue à vos lèvres, monsieur. Mora-

  1. Ainsi désigne-t-on familièrement les agents déchiffrant les dépêches chiffrées. L’habileté de ces hommes est incroyable.