Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/167

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— Comment ! toi, Drouot… ?

— J’en ai fait rembarquer sept depuis notre arrivée dans l’île, Sire.

— Tu t’es figuré que de pauvres diables inoffensifs avaient de mauvais desseins.

— Raillez, s’il vous plaît, Sire ; mais permettez à vos amis de veiller sur vous.

Ce disant, le général faisait quelques pas en avant.

Soudain, il tira son sabre.

Dans l’anfractuosité d’un rocher, il venait de découvrir un homme accroupi, tenant un fusil à la main.

L’homme se dressa sur ses pieds et épaula.

À ce moment même, l’Empereur, qui avait réussi à pousser son cheval, apparaissait au tournant du chemin.

Drouot eut un cri :

— N’avancez pas !

Le personnage embusqué ricana. Le canon de son arme se dirigea vers Napoléon.

Un instant encore la détonation éclatait. Drouot, étant à pied, ne pouvait couvrir de son corps l’Empereur en selle.

Les acteurs du drame demeuraient immobiles, sans geste, sans parole, sentant peser sur eux la fatalité.

Qu’allait-il se passer ?

La fin du grand capitaine devait-elle avoir lieu à cette heure, sur cette route déserte ?

Celui que le génie des batailles avait si manifestement protégé, périrait-il sous les coups d’un obscur assassin.

Non ! Une forme humaine se dressa subitement au sommet du remblai, un cri rauque déchira l’air. La forme étendit les bras. Il sembla qu’un corps lourd tombait, frappant l’assassin à la tête et le jetant sanglant sur le sol.

D’un bond, Drouot fut sur l’homme, et lui appuya les genoux sur la poitrine.

Mais il se releva aussitôt. L’individu inconnu n’était plus qu’un cadavre, dont la boîte crânienne éclatée avait laissé s’échapper la cervelle. Un bloc de rocher, gisant sur le sol auprès de lui, disait comment la chose était survenue.

Tranquille de ce côté, le général leva les yeux vers l’être qui, du sommet de l’escarpement, venait de dénouer si heureusement l’aventure. C’était un jeune homme, portant le vêtement des matelots elbois.