Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/243

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— Le mot est dur pour les serviteurs qui l’entendent.

Cette fois, le roi rit franchement :

— Allons, allons, mes maîtres, ne prenez point ces figures renfrognées. Je crois à votre gratitude, à vous. C’est pour cette seule cause que je pense à haute voix. Connaissant mes idées sur ceux dont je satisfais les intérêts, je suis assuré à tout le moins que vous ne me considérerez pas comme un Cassandre.

Tout le dédain sceptique du roi pour la société des Tuileries vibrait dans ces paroles ironiques.

Lendron, hardi comme un faubourien de Paris voulut répondre, mais Louis eut un geste impérieux.

— Reprenez la biographie de M. Bassano ; c’est la meilleure façon de me convertir à l’idée de reconnaissance.

Le gazetier obéit aussitôt :

— Destinée étrange que la sienne. C’est dans la bouteille à encre qu’il trouva sa voie vers la lumière.

— Une phrase à biffer, Lendron.

— Je biffe, Sire.

— Et bien vous faites. Je veux que notre Plutarque moderne se distingue des autres recueils similaires par sa sincérité, par son respect des honnêtes gens.

— Nul ne les respecte plus que moi, Sire.

— Votre respect a des griffes… faites patte de velours, Lendron… et poursuivez.

— Les travaux de la Convention, de l’Assemblée nationale, n’étaient point fixés par un compte rendu officiel. Les gazettes transformaient les discours prononcés à la tribune selon leurs opinions. Souvent le nom de l’orateur même était omis, ou bien estropié. Tel celui de Robespierre, que des adversaires politiques transmuaient en Robert Pierre ou en Robrespier.

Lendron interrogea le roi du regard.

— Cela va bien, répondit celui-ci… Ne vous arrêtez pas, du moment où je ne vous arrête pas.