Page:Ivoi - Les grands explorateurs. La Mission Marchand.djvu/57

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Car c’est un signe d’estime profonde chez les Zegris que de dévorer les enfants de ceux que l’on a aimés.

La misère seule obligeait le nègre à renoncer à cet aimable usage.

Que faire en pareil cas ?

Bien que la mission fût dans une situation difficile, que des fatigues terribles fussent réservées à tous ceux qui en faisaient partie, ceux-ci avaient au moins quelques chances de s’en tirer sains et saufs.

Tout valait mieux d’ailleurs pour la pauvre petite qu’être embrochée et rôtie ainsi qu’un chevreau.

Bref, Marchand demanda son prix à l’indigène, le paya et le renvoya, gardant auprès de lui sa nouvelle acquisition.

La petite négresse conservait un air terrifié, à chaque mouvement de l’officier elle tremblait de la tête aux pieds. Le commandant s’en aperçut et, voulant connaître la cause de l’effroi de la pauvrette, il pria Landeroin de lui parler.

Celui-ci s’exécuta.

La négresse lui répondit d’une voix douce, craintive, avec des larmes dans les yeux.

Et cependant l’interprète éclata d’un rire sonore, qui parut stupéfier son interlocutrice.

Il riait à ce point qu’il lui était impossible de prononcer une parole.

Au bout d’un moment, le commandant le pria de s’expliquer.

Au milieu d’un accès d’hilarité dont il n’était pas maître, Landeroin s’écria :

— C’est trop drôle ! Savez-vous ce que me demande cette petite moricaude ?

— Pas le moins du monde, vous vous en doutez bien.

— Elle m’a dit…

Et les rires redoublèrent :

— Elle m’a dit, acheva-t-il en se dominant un instant :

« Quand cela le chef blanc me mangera-t-il ? »

Le commandant ne rit pas, lui.

Il considéra l’enfant avec une pitié profonde et, presque sévèrement, il dit à l’interprète :

— Je vous aurais pardonné de me faire attendre votre traduction, Landeroin… Mais vous avez commis une mauvaise