Page:Jammes - Le Deuil des primevères, 1920.djvu/142

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L’OISEAU

Je chantais pour moi seul, mais, puisque tu m’entends,
on peut dire aussi bien que je chante pour toi.
C’est comme la fraîcheur des torrents noirs des bois :
Pour qui est-elle ? Elle est pour celui qui la boit.
Et la couleur du ciel ? Pour celui qui la voit.
C’est pour celui qui entend ma voix qu’est ma voix.


LE POÈTE

Ô oiseau ! Tu es pareil aux Sages de la Grèce
que l’on dessine en pierre au bas des monuments.
Ils ont un doigt levé et un pied en avant
pour apprendre aux Mortels la divine Sagesse.
Leur nez est très railleur et leur barbe frisée
se recourbe, et le bras qui leur reste est posé,
comme sur un bâton, sur quelque jeune élève.


L’OISEAU

… Peut-être parles-tu de ces nids d’hirondelles
qu’on eut soin de creuser dans la pierre pour elles.
Elles m’ont dit cela, et qu’elles y nichaient
et que les citadins, toujours pleins de bonté,