Page:Jammes - Le Deuil des primevères, 1920.djvu/148

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Je m’étais approché de là, guettant la miette
que laisserait tomber une petite fille
qui mangeait un croûton de pain près de son père
qui la tenait sur lui, la joue contre la joue,
dans le triste jardin où les buis et les choux
sont maintenant couverts de verglas et de neige.
J’étais perché sur le grenadier qui, l’Été,
dort sous ses fleurs de sang et ses feuilles luisantes.
Eux, le père et la fille, ils se tenaient assis
derrière les branchages secs de la charmille.
Je savais qu’ils sont bons, car ils donnent aux pauvres
qui passent sur la route en raclant la poussière
et en montrant les dents aux ronces et aux pierres.
Je savais qu’ils sont bons. Je me suis approché.
Le père a fait un mouvement. Et la petite
a dit ; Papa ? regarde ? Il est là tout joli…
Il a tiré sur moi. J’ai senti de la nuit
qui bourdonnait autour de moi et qui éclatait.
… Et je ne sais comment j’ai pu m’enfuir ici.
Je souffre. Mon cœur d’oiseau bat à rompre mes plumes.
Ma patte se roidit et la montagne tourne.