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les mémoires

En un mot, dans cette Rome opulente être plus malheureux que le dernier des esclaves, n’avoir à soi ni un marchand de vin, ni un boucher, ni une baignoire, ni un livre à lire, ni un ami à aimer, ni une maîtresse, ni un serviteur, ni un flatteur ! Telle a été la vie de cet heureux et célèbre Martial !

Ne vous étonnez donc pas si la colère devint bientôt pour moi une seconde muse. Je n’étais pas né méchant ni railleur ; j’étais fait pour chanter le vin, l’amour, les dieux, les héros, pour être l’ornement des filles romaines : la misère a fait de moi un satirique, un cynique, un poëte sans honte, un diseur de riens, un espion dans les maisons romaines. J’ai pénétré de vive force dans toutes les maisons qui m’étaient fermées, j’ai su les histoires les plus secrètes des hommes et des femmes, et je les ai mises en vers afin d’être le fléau de ceux qui n’avaient pas voulu de moi pour leur flatteur. J’ai écrit ainsi, au jour le jour, la chronique scandaleuse de la belle