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CONTES D’HIER

La jeune femme réfléchit une seconde, cruellement indécise. Et puis :

— Madame Challau, dit-elle, vous êtes toujours de bon conseil et je vous obéis. S’il fallait ! Et par ma faute !… J’en deviendrais folle, voyez-vous… Comme vous dites, elle est si délicate, la pauvre, pauvre enfant. Mon Dieu, quand pourrai-je songer à elle sans trembler ?…

Et voilà qu’elle apparut justement, la petite Jeannine, celle dont on s’entretenait en ce moment : c’était une blonde fillette de six ans, au visage émacié, d’une rare distinction, aux immenses yeux bruns, insatiables et trop vivants. Elle souriait en s’avançant vers les deux femmes, et sur son visage levé, il y avait un tel rayonnement de bonheur secret, que la maman devina de quoi elle allait parler. À tout prix, elle voulut la prévenir et précipitamment :

— Mignonne, dit-elle, il y a longtemps que tu me demandes des histoires ?

— Oh ! oui, des histoires ! Des contes de Noël !

— Eh bien, si tu es raisonnable, maman va t’en raconter et de belles, que tu ne sais pas, des histoires toutes neuves.