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CONTES D’HIER

mant, les chantres faisaient trembler l’air de leurs chants d’allégresse. Maman lisait pieusement dans son livre. « C’est Noël ! c’est la messe de minuit », se répétait Jeannine hors d’elle-même. Et ses grands yeux sombres ne se baissaient pas une minute, et flambaient comme la mèche des cierges. Vint le moment de la Communion : quand elle revint de la sainte Table, la maman aperçut sa petite fille qui s’était glissée au bout du banc et qui, penchée du côté de la Crèche, souriait naïvement, exquise de confiance ; à un certain moment, elle fit un petit geste de la tête, comme pour dire : « Oui, oui, je comprends, c’est convenu ! » En voyant sa mère, elle tressaillit et regagna vivement sa place, au fond.

Au retour, madame Challau tint à déshabiller l’enfant elle-même. Elle lui palpa avec soin les mains, les pieds, la gorge, voulant à toute force qu’elle eût pris froid, mais la peau était tiède partout ; alors elle assura qu’il y avait là-dessous quelque miracle, et sa maîtresse lui ayant dit, par hasard, un mot du mystérieux entretien de la fillette avec le petit Jésus, elle se répéta, avec plus de force, demandant qu’on interrogeât l’enfant. Indulgente, la maman fit venir Jeannine :