Page:Jarret - Contes d’hier, 1918.djvu/39

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
31
LES LILAS

tues, l’autel, les cierges éteints, les peintures allégoriques du plafond, comme si ces choses se présentaient pour la première fois à ses regards. Ce qui n’était pas, pourtant, puisque depuis onze ans, elle fréquentait assidûment cette maison. Elle avait dix-sept ans et terminait ses études cette année même.

Mais, de fait, elle n’avait jamais vu la chapelle comme elle la voyait aujourd’hui : une singulière émotion la tenait, tandis qu’une joie immense lui soulevait l’âme. Elle offrit cette joie à Dieu comme la meilleure prière, et ne put s’empêcher de dire en elle-même : « Comme il fait bon ici. Beaux lilas, vous qui m’avez ouvert les yeux, soyez bénis ! » Des pas furtifs se firent entendre en arrière de la jeune fille ; après quoi la porte s’ouvrit presque silencieusement, se referma de même : une des religieuses qui priaient au fond de la chapelle, près de l’harmonium, venait de se retirer. Claire regarda l’horloge : une heure moins cinq minutes. Elle ne pensait pas qu’il fût si tard, et en s’inclinant pour prendre congé de son hôte divin, elle murmura : « Je voudrais rester ici toute l’après-midi ! Mon Dieu… Toute ma vie ! »