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CONTES D’HIER

Le lendemain, à pareille heure, Claire reparut. Le cher parfum des lilas vint au-devant d’elle, l’enveloppa comme un nuage, et en touchant des doigts l’éponge imbibée d’eau bénite, pour se signer, elle constata avec bonheur que rien n’était changé depuis la veille. Dehors, il faisait toujours chaud et clair, mais il ventait et les lames des jalousies de la porte-fenêtre, qui étaient mobiles, s’agitaient incessamment, se soulevant, s’abaissant, comme des paupières, pour laisser passer à chaque mouvement un vif rayon de soleil. Claire s’agenouilla à la place choisie la veille, et tirant son petit chapelet de nacre, elle voulut en réciter une dizaine, pour chacune des personnes qui lui étaient chères. Les cris, les appels, les éclats de rire, tout le tapage que font les petites filles en jouant, montait jusqu’à cet asile de silence, mais la jeune fille n’en était point troublée. Le même bonheur que la veille, un peu déchirant déjà, lui emplissait le cœur. « Si tôt je dois partir, songeait-elle, et pour toujours ! » Les grains brillants passaient un à un, sous ses doigts ; elle avait conscience d’être bonne, pure, sainte, et priait avec une ferveur d’ange. — Pour mon père… — Pour ma mère…