Page:Jarret - Contes d’hier, 1918.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
38
CONTES D’HIER

les plaisirs tant aimés furent délaissés, les relations négligées, elle ne se soucia plus de ses succès. N’eût été la crainte de déplaire à ses parents, en le froissant lui-même, elle n’aurait pas hésité tant était grande sa lassitude, à donner congé à son ami, Paul Hervé Deland, un jeune homme sérieux cependant, d’un bel avenir (il était le seul architecte de L…) et grandement apprécié de monsieur et madame Guilbault. Mais Claire s’était dit : « Je ne me marierai point que je ne sois entièrement guérie, et qui sait si je guérirai jamais ? »

En effet, loin de s’apaiser, son ennui semblait croître de jour en jour. Elle éprouvait une joie inexprimable à rappeler ses souvenirs. Les chères journées du couvent, monotones, laborieuses, les récréations, les promenades, les prières. Plus fréquente que les autres une vision la hantait, lui laissant à l’âme un émoi presque sacré qui l’étonnait elle-même. Elle croyait revoir la chapelle, à demi-obscure, à demi-fraîche malgré l’été et finement embaumée de parfum de lilas. « Est-ce étrange comme je n’ai pu oublier, murmurait-elle ! » Elle multipliait ses visites aux Mères, les interrogeant sans fin sur leurs occupa-