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CONTES D’HIER

Allons donc, plutôt, voir le soir qui arrive, et nous féliciterons le bon Dieu ! »

Et Mlle Aimée sortit à pas de fantôme, très longue dans sa robe noire, avec ses lunettes miroitantes et sa grande bouche serrée. Elle avança jusqu’au bout de l’allée et s’accouda un moment à la barrière. C’était un beau soir d’été, calme et fraîchissant. La lune commençait à s’élever au-dessus du bois lointain, ronde et nette parmi les étoiles scintillantes. Sa lumière pâle s’épandait à flots sur les choses, les feuilles paraissaient vernies d’argent, des étincelles s’accrochaient aux roches grises. Mlle Aimée regarda ses mains et les vit blanches comme de la cire. La chanson monotone des grenouilles montait dans l’air tranquille. Mlle Aimée entendit aussi ses voisins qui causaient à voix basse, sereine et presque voilée : « Une bonne petite pluie pour demain ou après demain, ça ne ferait pas tort, sûr et certain ! La terre est sèche et commence à durcir ». Mlle Aimée jeta un coup d’œil sur l’unique rue du village : de rares enfants la traversaient en jouant, devant chaque maison, des groupes devi-