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LA FIANCÉE DE NOËL

magnifique ; la neige du trottoir, piétinée à outrance, s’était tassée en petites bosses inégales, sur lesquelles je glissais à tout moment. Un calme plat engourdissait la ville à cette heure matinale : comme j’allais traverser la rue St-Denis, je vis un tramway qui la descendait lentement et en traînant les roues, comme à moitié endormi.

Un insurmontable dégoût me saisit au moment d’entrer chez moi : n’allais-je pas étouffer entre ces murs ? J’aurais voulu partir à grands pas, marcher et marcher encore le long de ces rues désertes, marcher jusqu’à ce que la tête me tournât et que mes jambes faiblissent sous moi : je me disais que ce serait délicieux !

Tante avait eu garde d’oublier ma demi-promesse et elle n’eut de repos que je ne fusse entre mes draps. Après m’avoir bordée comme un enfant, elle prit soin de baisser les stores et de pousser la porte, afin que rien ne puisse troubler mon repos.

Quand je me levai, il était — j’ose à peine l’avouer — une heure et demie après midi. Je