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LA FIANCÉE DE NOËL

de sa démarche lourde et dandinante, portant une assiette garnie de grosses oranges parfumées qu’elle posa sur la table, à côté d’un plat de cristal contenant des bonbons. — « Prends-en, mon petit loup, me dit-elle, c’est Noël ! »

Oui, c’est Noël, et Noël comme je l’aime. Ce qu’il me faudrait maintenant pour mettre le comble à mon enchantement, ce serait que mon ami vînt — et il va venir ; qu’il s’approchât de moi et me sourît — oh ! il le fera, et qu’il me dît, mon ami aux yeux bruns et aux fines moustaches : — « Ma mie, voulez-vous me prêter votre main ? » Je la lui tendrais. Il la tiendrait quelque temps dans les siennes, et bientôt, je verrais une bague luire à mon doigt. — « Vous voilà mienne pour toujours, dirait-il. Le voulez-vous ? Dites-moi, ma mie, si vous le voulez ? »

Je jurerais, il joindrait son serment au mien, et sous le regard ravi de maman et de tante Julie accourue, nous échangerions les graves paroles qui fixent un avenir. Mon rêve m’amuse ; il n’est pas nouveau et ne m’illusionne pas ; cependant je le recommence dix fois, vingt fois, changeant quel-