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CONTES D’HIER

d’un geste las, et aussitôt, les paroles tristes de l’oncle me chantèrent au fond des oreilles : « Son petit dernier lui coûte gros de fatigues, elle a pâli et maigri ». Comme je m’approchais, voulant examiner l’enfant à la lumière du jour, un cri m’échappa : « Pauvre petit ! » Jamais de ma vie je n’ai vu un petit être aussi décharné. Il était couché sur le dos, les joues flasques, les yeux mi-clos, la bouche douloureuse, ses bras, qui étaient étendus, comme inertes, me parurent gros comme un doigt de Francis, une longue mèche de cheveux se collait à son front de cire. Quelle pitié !… Le cœur me faisait mal !… À mon exclamation, la maman avait relevé la tête, et je fus épouvantée de l’expression de calme désespoir qui glaçait sa figure.

Elle branla plusieurs fois la tête, les yeux au loin, et de ses lèvres qui faisaient la moue : « Il ne vivra pas », me dit-elle. Le bébé geignait, elle le prit dans ses bras et voulut se lever pour me servir à déjeuner. Je l’arrêtai vivement : « À quoi penses-tu ? lui dis-je, tu n’as donc pas compris que je suis venue à toi pour être ta servante, ta femme de peine, ton esclave s’il le faut.