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CONTES D’HIER

lait, je ne m’en rassasiais pas. Je me sentais chez nous, avec les gens aussi bien qu’avec les choses ; les paysans avec qui je causais sur les routes disaient de moi : « Elle n’est pas gênante, c’est comme si on l’avait toujours connue ! »

Tous les soirs, quand il commençait à faire brun, je venais m’asseoir avec mon tricot près de la fenêtre, exprès pour voir passer trois enfants, nos voisins, qui revenaient de l’école : cela me rappelait mon enfance. La dernière fois que je les vis, le petit garçon marchait vite et droit, les mains dans les poches, la tête baissée et le cou rentré, parce que le vent cinglait rudement. L’une des fillettes portait un manteau court, usé, qui laissait voir le bas de sa robe sombre et son tablier d’indienne rose ; l’autre, plus petite, avait mis la mante de drap de sa maman qui lui descendait jusqu’aux bottines, avec un petit châle de laine plié en pointe et retenu sous le menton, qui arrondissait davantage ses grosses joues, d’un rouge luisant comme le bout de son nez. Elle avait plus chaud que les autres et cela la mettait de belle humeur ; il fallait la voir sautiller comme un moineau, s’attardant de-ci de-là, s’amusant