Page:Jarret - Contes d’hier, 1918.djvu/84

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
76
CONTES D’HIER

peiné sur le linge fripé ; sur le poêle, en arrière de moi, la marmite faisait chanter ses gros bouillons, en répandant une fine odeur de soupe aux choux.

Près du mur, Marie-Anne berçait son petit en chantonnant, tandis que non loin d’elle, la grande chatte d’Espagne, qui était couchée en rond, la fixait de ses yeux verts. Tout-à-coup, j’aperçus les enfants, leurs trois petites figures tendues vers moi, immobiles et extasiées. Que leur disais-je donc ? Je ne m’en souviens plus et je le regrette. Ce devaient être des mots merveilleux, de ces mots qui sont des rêves purs, troublants pour l’âme. Bientôt Marie-Anne cessa de chanter parce que l’enfant dormait ; je vis les miens qui tressaillaient et m’arrêtai moi-même, déçue et désorientée. Le charme était à jamais brisé…

Cependant Francis rayonnait et me faisait force compliments, et Marie-Anne, quand nous étions seules, se mettait à me murmurer des choses, des choses que je ne voulais pas entendre. C’était assez de Francis en vérité. Voulait-on me donner de l’orgueil ?