Page:Jarry - Albert Samain, 1907.djvu/24

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Voici le portrait d’Albert Samain tel que le publia alors M. Alfred Vallette.


albert samain


Un modeste et un fort, doué de la qualité la plus rare qui soit, l’intelligence. Un fort, parce que, pouvant acquérir de bonne heure, en publiant plusieurs milliers de très beaux vers qu’il cache, la réputation d’un bon poète, il a eu le courage de les rejeter de son œuvre et d’attendre qu’il se fût dégagé des influences directes. Ses intimes amis — peu nombreux : Samain est presque un solitaire — savent de lui des poèmes qui ont la rigide perfection de ceux de M. Leconte de Lisle, et ils en savent qui ont la beauté plastique de ceux de M. José-Maria de Hérédia. Il a souvent égalé ces deux maîtres en des œuvres, je le redis, qui ne seront point dans ses livres, où il veut que la moins personnelle de ses poésies reflète encore un peu de son âme. Âme extraordinairement vibrante, exquise, voyageuse qui s’envole, frêle et rapide, vers les solitudes de l’éther, et, parvenue aux confins dont elle a l’éternelle nostalgie, défaillante à mourir devant l’atmosphère si rare, se grise et se pâme à ouïr des chants que nul n’entendit. Puis, revenue de ces voyages au seuil du ciel, elle se repose en des pays qu’eût aimés Watteau et s’amuse aux mièvreries délicieuses des fêtes galantes, ou encore elle parcourt le monde révolu et s’intéresse aux grandes passions terrestres. Et si Albert Samain est un pen-