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HISTOIRE SOCIALISTE

peut se dissimuler que plusieurs propriétés foncières ont été usurpées. Je demande, comme extension du principe décrété, que toutes les propriétés foncières dont les titres primitifs ne pourront pas être reproduits, soient déclarées biens nationaux. » L’Assemblée ne statua pas, effrayée sans doute par les commentaires que provoquerait un tel débat.

Le 17 et le 18 juin, l’Assemblée acheva de voter les articles du projet du comité : les modérés ayant manqué la manœuvre le 14, n’osèrent pas recommencer la résistance. Mais il s’en faut que l’abolition du régime féodal soit encore complète. Il ne s’agit ici que des droits casuels. De nouveaux pas très hardis seront faits après la Révolution du 10 août. Nous retrouverons donc la question féodale, la question paysanne, dans la suite des événements révolutionnaires.

Si je l’ai tout d’abord suivie jusqu’ici, c’est parce que, à défaut des cahiers électoraux, je voulais faire apparaître d’emblée la pensée des paysans. Il est visible que la poussée paysanne se joint à l’agitation des villes et à la terrible logique des événements, pour faire passer le pouvoir révolutionnaire des modérés aux démocrates.

LA GUERRE OU LA PAIX

La Législative était une assemblée assez inconsistante et hésitante. Presque tous les nouveaux élus avaient une certaine expérience révolutionnaire. Au moins dix-neuf d’entre eux sur vingt, étaient des fonctionnaires électifs de la Révolution : maires, juges de paix, administrateurs du département ou du district, procureurs syndics, membres du directoire du département. Ils avaient vu de près et surveillé les grandes opérations révolutionnaires, la vente des biens nationaux. Ils avaient vu de près aussi les menées contre-révolutionnaires, les intrigues des nobles, les révoltes des prêtres insermentés. Ils étaient donc dévoués de tout cœur à l’ordre nouveau et avertis de ses périls

Mais ils n’avaient aucune politique bien nette. Beaucoup d’entre eux avaient été élus sous l’impression des événements de juin 1791. Ils avaient vu la Constituante se rallier désespérément à la royauté et il leur semblait impossible de tenter un autre chemin. La sanglante journée du Champ-de-Mars, dont la responsabilité fut attribuée aux démocrates, pesa aussi sur les élections.

À Paris, les modérés l’emportèrent. Danton fut battu, et c’est à grand’peine que Brissot fut élu après une dizaine de scrutins qui lui furent défavorables. Pourtant, Paris, qui dans les élections pour la Législative inclina vers les Feuillants, donna la majorité aux Jacobins et même aux Cordeliers dans les élections municipales. Pétion fut élu maire de Paris contre Lafayette, et Danton fut élu substitut du procureur de la Commune. Il y avait incertitude et flottement. Et il semble, qu’on pouvait dire de la Législative ce que Des-