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LE RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE


Par Eugène FOURNIÈRE
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PREMIÈRE PARTIE
LA RÉVOLUTION BOURGEOISE
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CHAPITRE PREMIER


LA RÉVOLUTION CONFISQUÉE


Les menées orléanistes et l’inertie de Lafayette. — Le manifeste et l’intervention des saint-simoniens. — Les deux centres de la Révolution : l’Hôtel de Ville vaincu par l’Hôtel Laffitte. — Les 221 offrent le pouvoir au duc d’Orléans. — Louis-Philippe, à l’Hôtel de Ville, joue la comédie républicaine. Le « fidelle sujet » de Charles X lance le peuple sur Rambouillet. — Tout est perdu, fors l’étiquette.


La bataille est terminée. Les Suisses et la garde royale se sont enfuis par les Champs-Élysées. A qui sera la victoire ? Ou plutôt qui en disposera ? Le peuple, qui vient de verser son sang à flots pendant ces trois terribles journées ? Non, cette fois encore son heure n’est pas venue. Le moment d’agir est venu pour le petit groupe d’hommes d’État qui ont observé de loin la bataille, après l’avoir allumée, volontairement ou non ; à présent que nul retour offensif du roi Charles X et de ses troupes n’est plus à craindre, les voici accrus en nombre et en audace, assez forts désormais pour s’interposer entre le peuple et sa victoire et faire que ce peuple encore armé ne se laisse pas entraîner à garder sa souveraineté reconquise. Il fallait qu’il se souvînt de la Révolution pour renverser un trône, mais non jusqu’à proclamer la République.

Deux hommes, entre autres, ont entrepris de limiter la Révolution : Laffitte et Thiers. Ils devanceront les rares partisans de la République et, d’une main aussi preste qu’habile, ils noueront l’intrigue qui doit placer le duc d’Orléans sur le trône. Le 30 juillet donc, les révolutionnaires victorieux peuvent, dès le matin, lire sur tous les murs une proclamation où Charles X est proclamé déchu et la République déclarée impossible, car « elle nous brouillerait avec l’Europe ». L’affiche continue en énumérant les mérites du duc d’Orléans qui « était à Jemmapes », qui « ne s’est jamais battu contre nous » et qui sera « un roi-citoyen ».