Page:Jaurès - Histoire socialiste, XI.djvu/459

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Au fond, la nouvelle était si imprévue ; elle éclatait si soudaine qu’aussi bien on n’y croyait pas. Au reste, toutes les autres informations reçues au Ministère de la Guerre contredisaient à la dépêche de Dombrowski. Le commandant de la section du Point du Jour était venu dire à Delescluze : « Il n’y a rien d’anormal ». Le commandant à l’observatoire de l’Arc de Triomphe de l’Étoile avait produit la même affirmation et, sur le témoignage de ce dernier, Delescluze, vers 8 heures, faisait afficher cet avis plus que rassurant : « L’observatoire de l’Arc de Triomphe nie l’entrée des Versaillais. Du moins, il ne voit rien qui y ressemble. Le commandant Renaud de la section vient de quitter mon cabinet et affirme qu’il n’y a eu qu’une panique et que la porte d’Auteuil n’a pas été forcée ; que si quelques Versaillais se sont présentés, ils ont été repoussés. J’ai envoyé chercher onze bataillons de renfort, par autant d’officiers d’état-major, qui ne doivent les quitter qu’après les avoir conduits au poste qu’ils doivent occuper ». Les Versaillais avaient beau jeu. Durant toute la nuit, ils étendirent et consolidèrent leurs positions. Passy et Auteuil furent d’abord occupés en quelque sorte sans coup férir. Dans la rue Beethoven, un court engagement eut lieu où Assi fut fait prisonnier. Puis enlevant les barricades rudimentaires construites sur les quais et dans les rues avoisinantes, les troupes de l’Ordre s’acheminèrent vers le Trocadéro, qui fut enlevé avant même que l’alarme ait été jetée dans le campement fédéré. Les gardes nationaux laissèrent arriver la troupe jusqu’au milieu d’eux, sans avoir rien vu. Il en fut de même à l’Arc de Triomphe. Les fédérés y étaient occupés à monter une batterie sur le parapet des barricades circulaires ; ils procédaient sans hâte et méthodiquement en gens certains que le danger ne menaçait pas. Les balles sifflent soudain à leurs oreilles et ils n’ont que le temps de déménager au trot leurs canons à travers les Champs-Elysées. Les soldats entrés sur leurs pas retournent et braquent sur la terrasse des Tuileries les pièces abandonnées. Le Trocadéro également réarme, vise déjà dans la même direction.

De son côté, le général de Cissey s’est saisi sur la rive gauche de tout le XVe arrondissement et a poussé jusqu’aux approches de la gare Montparnasse. Aux premières lueurs du jour, il occupe le Champ de Mars, l’École Militaire et s’empare des ponts de Grenelle et de l’Alma donnant ainsi la main aux troupes de Vinoy qui filent le long des quais de la rive droite.


DERRIÈRE LES BARRICADES


Il faut se rendre à l’évidence. Les remparts sont forcés. L’ennemi est dans les murs. Plus de cinquante mille hommes de troupes régulières ont déjà pénétré et tiennent un cinquième de la capitale. Un soleil radieux inonde la chaussée qui partout s’encombre d’une foule anxieuse et agitée. Le tocsin sonne à tous les clochers ; le tambour bat dans tous les quartiers et le canon