Page:Jaurès - Histoire socialiste, XII.djvu/179

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La discussion s’engage ; chaque parti fait donner ses meilleurs orateurs ; les légitimistes et les bonapartistes font entendre d’énergiques protestations et présagent les plus grands malheurs pour la France ; en vue d’intimider les hésitants, les timorés, on fait circuler des bruits de coup d’État militaire. Rien n’y fait : le 25 février, le projet de loi est vote par 425 voix contre 254. A l’exception de MM. Tilhand et Baragnon, tous les ministres ont voté « pour » ; le duc de Broglie lui-même, après bien des hésitations, cédant aux instances du duc Decazes, s’est rallié. Avec M. Jules Grévy, inflexible, MM. Louis Blanc, Barodet, Edgar Quinet, Madier de Montjau, Marcou, Peyrat, Ordinaire, Escarguel, intransigeants, se sont abstenus. Rien n’a pu les fléchir. La République est organisée, jusqu’au prochain et non lointain Coup d’État parlementaire qui mettra à nu les défauts de la Constitution et, malgré tout, démontrera que, toute chétive, elle sert de suffisant rempart aux institutions républicaines.


CHAPITRE XXIV
Rôle de la Constitution. — La réaction continue. — Le Parti socialiste et sa propagande. — La classe ouvrière. — Principales idées directrices. — La conspiration bonapartiste. — Le rapport Savary et la note du Préfet de police. — Le cabinet Buffet.


La France est dotée d’une Constitution dont on a le droit de dire que, si l’on ne juge la situation que sur des apparences, elle peut, comme le sabre de Joseph Prudhomme, servir à défendre les institutions républicaines et, au besoin, à les combattre ! Elle servira d’abord à les combattre, puisque c’est entre les mains de conservateurs avérés et de républicains défaillants que va rester le pouvoir. Car, pour une victoire remportée, la partie est loin d’être gagnée ; la réaction est encore maîtresse dans l’Assemblée : l’Exécutif, jusqu’à ses plus infimes agents, est antirépublicain ; l’armée est hésitante, la majorité de ses chefs hostile, et ce facteur politique, si hésitant, le clergé, est actif, audacieux, plus remuant que jamais, prêt, du reste, à chanter le Te Deum triomphal pour la faction qui réussira à étrangler la « Gueuse ».

Pour la première fois, depuis la Révolution française, c’est le pays qui va agir par lui-même, s’engager dans une voie où nul ne pourra l’arrêter. Et, cependant, quels efforts seront tentés pour modifier son orientation !

Tandis que, dans le domaine politique, la réaction va tenter de suprêmes