Page:Jaurès - Histoire socialiste, XII.djvu/20

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Malgré l’autorité que lui avaient donnée ses avertissements, alors que se préparait la déclaration de guerre, ses négociations avec les gouvernements étrangers, son élection par vingt-six départements, l’autorité acquise depuis sa désignation comme chef du pouvoir exécutif, il était tenu en défiance par tous les partis, n’en favorisant ouvertement aucun, les flattant et les dupant tour à tour. Seuls, les centres lui étaient fidèles, tant il était leur exact représentant. A lord Granville, en septembre 1870, il avait dit : « La République est, en ce moment, le gouvernement de tout le monde ; ne désespérant aucun parti, parce qu’elle ne réalise définitivement le vœu d’aucun, elle convient maintenant à tous ». Il avait exigé qu’on ajoutât « de la République française » à son titre de chef du pouvoir exécutif, et à tous, invoquant tour à tour l’intérêt supérieur du pays ou la nécessité d’assurer l’ordre, il avait défini la République « le gouvernement qui nous divise le moins », et il calmait les impatients en affirmant que « l’avenir était réservé aux plus sages ».

Néanmoins, les gros dangers passés, les plus graves difficultés vaincues, il allait subir de fréquents et rudes assauts.


CHAPITRE III
Embarras de la majorité conservatrice, — Le souci de la défense sociale. — Le réveil de l’opinion républicaine. — Contre le Socialisme et l’Internationale. — Vains efforts.


Tandis que se déroulait le second siège de Paris, cette fois établi par une armée française, que se réprimaient les mouvements révolutionnaires des villes de province solidarisées avec la Capitale, que se combattait l’insurrection indigène en Algérie, l’Assemblée nationale, autoritairement orientée, guidée par M. Thiers, entreprenait le considérable travail de réorganisation du pays, suivant ses vues nettement conservatrices. N’était-il pas naturel qu’elle s’attachât à préparer une France telle que la monarchie dût apparaître comme la conclusion, le couronnement logique de sa réorganisation ? Institutions politiques, administrations destinées à assurer le pouvoir aux classes dirigeantes et à protéger la « société » contre toute entreprise de ceux qui estimaient que leur sort devait être amélioré et ne pouvait l’être qu’au détriment des privilèges consacrant leur oppression économique.

Pour cette tâche rétrograde, l’Assemblée se trouvait fort embarrassée ; seuls les imprudents dans la majorité réactionnaire, où l’élément légitimiste formait le plus sérieux appoint, osaient proclamer leurs rêves, leurs projets,