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CHAPITRE XXVII
Le 16 Mai et l’Europe. — Craintes de guerre. — La victoire républicaine calme les inquiétudes. — Les Socialistes et le Mouvement républicain. — Le « Prolétaire » et « L’Égalité ». — Un mot de Bakounine. — De la rentrée du Parlement à la démission du Maréchal de Mac-Mahon. — Menaces de Coup d’État. — L’Armée et la République. — M. Jules Grévy, président.


La crise violente dont la première phase, la plus importante, venait de se dérouler, n’avait pas passé sans vivement solliciter l’attention de l’Europe entière. Qu’allait-il advenir de la lutte engagée ? Partout, comme en France, on avait la sensation bien nette que la victoire de la réaction se traduirait par une répercussion sur la politique extérieure et il y avait une grande inquiétude touchant la paix de l’Europe. Le triomphe du parti clérical, du parti ultra-montain ne pouvait manquer de faire surgir des complications avec l’Italie ; il n’en fallait pas davantage pour provoquer une conflagration, non seulement avec la « sœur latine », mais encore avec l’Allemagne. La question de revanche ne se poserait-elle même pas, alors que l’armée n’était pas encore réorganisée, que le matériel de guerre n’était pas renouvelé, que, notre marine était à l’état rudimentaire, tiraillée entre des méthodes divergentes, gouvernée, orientée par les bureaux si routiniers du ministère de la rue Royale ? On ne pouvait oublier les heures d’angoisses de 1875, alors que la guerre avait failli éclater.

A calculer les folies dont étaient capables les hommes au pouvoir, malgré les vives défiances causées aux gouvernements par l’installation définitive de la République en France, avide surtout de paix, l’étranger se montra sympathique aux efforts des républicains, dont une première victoire fut accueillie comme un gage de sécurité.

Les socialistes avaient marché d’accord avec le parti républicain et n’avaient pas été des derniers à participer aux luttes ardentes de la campagne électorale, faisant abnégation de leurs préférences personnelles, mais dégageant de la situation des conclusions destinées à éclairer les travailleurs, à leur tracer la voie dans laquelle ils devaient s’engager pour de la République bourgeoise dégager leur République à eux ; pour les émanciper du double joug politique et économique.

Disposant de moyens plus que modestes, ils avaient fondé deux organes hebdomadaires, suivant une ligne de conduite à peu près semblable, mais