Page:Jaurès - Histoire socialiste, XII.djvu/265

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18,000 maires de France accourus à Paris, sur l’appel du Conseil municipal, renouvelaient les fêtes mémorables et émouvantes de la première fête de la Fédération et, après les élections générales du 22 septembre et du 6 octobre, la République sortait triomphante de l’épreuve qu’elle venait de subir. Cette fois, c’était un véritable plébiscite en sa faveur, puisque 366 députés républicains étaient élus, 172 royalistes ou bonapartistes et seulement « 38 boulangistes ». La faction était morte sous cet aspect ; elle devait bien reparaître, transformée il est vrai, mais toujours la même quant à sa constitution.


CHAPITRE XXX
Répercussion de la crise boulangiste. — Le mouvement ouvrier. — Le cabinet de Freycinet. — Une escadre française en Russie et en Angleterre. — Le ministère Loubet. — Le pape Léon XIII et le clergé français. — La « Marseillaise » à Saint-Merri. — Série d’attentats anarchistes. — La grève de Carmaux. — L’affaire du Canal de Panama.


La crise boulangiste n’a pu passer sans exercer sa répercussion sur le mouvement socialiste et sur le mouvement ouvrier. Les divisions qui existaient déjà se sont accentuées et, durant une période heureusement brève, dans certaines grandes villes et dans les centres industriels, les travailleurs ont échappé à l’action des propagandistes. Parmi les socialistes organisés, certains n’ont voulu voir dans la grande lutte qui se déroulait entre les coalisés plébiscitaires et les républicains de toutes nuances, pour un instant unis, qu’un conflit surgi entre deux camps de la « classe bourgeoise » et ils n’ont point voulu s’y mêler, considérant que le prolétariat a des intérêts opposés à ceux de toute la classe capitaliste considérée en bloc, sans distinction de parti ou de nuance politique. Le prolétariat, sans s’en laisser détourner, devait poursuivre sa route nettement tracée, sa victoire, c’est-à-dire son émancipation intégrale, étant au bout. Mais les travailleurs ne pouvaient rester indifférents à cette agitation qui bouleversait la France entière ; n’ayant rien obtenu des partis parlementaires, ils plaçaient leurs espérances dans le parti antiparlementaire dont l’action et la force se dessinaient et, dans le Nord, à Paris, pour ne citer que deux exemples caractéristiques, ils votaient pour le général Boulanger, sourds aux conseils d’abstention de leurs chefs les plus influents. D’autres, sans convictions