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CHAPITRE XV
Manœuvres contre les républicains. — « L’Ennemi c’est le cléricalisme ». — « Vive la République ! » — Date douloureuse. — Contre la France. — Un Message. — La Commission des Trente. — La dissolution et les pétitions. — Nouvelle capitulation de M. Thiers.


Les vacances parlementaires furent marquées par des agitations graves, bien faites pour indiquer que les passions politiques si fréquemment déchaînées au cours des séances de l’Assemblée nationale, ne pouvaient connaître de répit. Le cabinet, afin de donner des gages à la majorité, de calmer les inquiétudes des modérés de la minorité, déploie une énergie rigoureuse. Tout ce qui, de près ou de loin, peut avoir un caractère républicain, est prohibé ou réprimé. C’est ainsi que sont interdites toutes les manifestations organisées pour célébrer les anniversaires de la prise de la Bastille, de la proclamation de la République en 1792, de la révolution si pacifique du 4 Septembre, et Louis Blanc ne peut prendre la parole dans une réunion convoquée à Marseille où il devait parler sur la dissolution de l’Assemblée.

Les réunions politiques sont aussi interdites et les réunions privées surveillées étroitement par la police qui y sème des agents provocateurs. C’est sous cette forme que M. Gambetta continue sa campagne dissolutionniste très ardente, dans la Savoie et le Dauphiné ; il donne de l’élan au parti républicain, mais il se rapproche de M. Thiers, en le ménageant. S’il combat activement les Droites, il rassure les modérés en répudiant les idées socialistes, déjà traçant son programme politique et social, celui qui bientôt divisera la Gauche pour donner naissance au parti opportuniste qui trouvera à sa gauche le parti radical et la fraction intransigeante.

Il veut concilier les inconciliables et il lance sa formule « rapprocher le bourgeois de l’ouvrier, l’ouvrier du paysan » ; il proclame « l’avènement des nouvelles couches », mais son effort principal se porte sur le terrain immédiat de la politique. L’Assemblée doit se retirer pour laisser le suffrage universel exprimer librement sa pensée, sa volonté sur la forme gouvernementale à donner à la France, et cette forme gouvernementale ne peut être que la République. Sans doute les socialistes n’ont-ils pas eu à se louer du chef de la Gauche, qui fut un de leurs adversaires les plus acharnés ; il faut