Page:Je sais tout magazine - Le Retour d'Arsène Lupin, partie 2.djvu/10

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


D’Andrésy. — Dame ! C’est dans votre catégorie de livres anglais et à la lettre C ; ce n’est pas bien malin.

Georges. — C’est juste.

D’Andrésy. — Je vous disais qu’elle était petite, parce que pour atteindre le livre elle a dû grimper sur cette chaise.

Georges. — Comment savez-vous ?

D’Andrésy. — Parce que la trace du pied est restée dans le coussin.

Georges. — Ah ! oui.

D’Andrésy. — Ah ! c’est curieux… c’est amusant.

Georges. — Et vous saviez tout cela, quand vous êtes entré dans la pièce ?

D’Andrésy. — Mon Dieu, je ne le savais pas, parce que cela ne m’intéressait point. Mais, du moment que cela présentait un intérêt pour vous, j’ai jeté un coup d’œil circulaire – et j’ai su.

Bertaut, entrant. — On demande Monsieur à l’appareil, de la part de M. Guerchard.

D’Andrésy. — Déjà ?

Georges. — Oh ! c’est pour l’affaire de la bague. (Il téléphone.) Allô !… oui… Monsieur Guerchard lui-même ?… Ah ! je suis confus, Monsieur Guerchard. Pour la bague ?… Oui.

D’Andrésy. — Vous savez ce que vous m’avez promis ?…

Georges. — Oui, oui. (Téléphonant.) Eh bien, monsieur l’Inspecteur, je l’ai retrouvée. Oui, elle était par terre, sur le tapis… Comment ?… Vous voulez me voir ?… au sujet d’Arsène Lupin ? L’histoire du diadème ?… Allô… mon futur beau-père ?… Oui, je suis chez moi… ne coupez pas, mademoiselle… Vous prenez cela au sérieux ?… Qui est à Paris ?… Lupin ?… il est à Paris ?… Non, vous ne me dérangez pas du tout…

D’Andrésy. — Je ne vous tiendrai pas longtemps.

Georges, au téléphone. — Dans trois quarts d’heure, parfait ! Au revoir, monsieur l’Inspecteur. (Raccrochant l’appareil.) C’est inouï, me voici en plein roman-feuilleton.

D’Andrésy. — Pourquoi dites-vous : roman-feuilleton. C’est la vie quotidienne. Il y a des gens riches, qui tiennent à rester riches, et des gens pauvres, qui tiennent à devenir riches. On n’a jamais été d’accord sur le choix des moyens… Qu’est-ce que c’est que cette histoire de diadème ? Je ne sais rien que par les journaux.

Georges. — Alors, vous en savez autant que moi.

(Georges marche dans la pièce, et allume une cigarette.)

D’Andrésy. — Qu’est-ce que vous avez ?

Georges. — Je ne sais pas… rien du tout… La brusquerie de tout cela… l’inconfort… depuis ce matin, c’est comme un fait exprès… la bague… cette histoire stupide de Lupin… et puis cette perle… et surtout l’idée qu’un de mes amis… Je voudrais que vous compreniez que c’est surtout l’idée qu’un de mes amis… oui, c’est surtout cela…

D’Andrésy. — Oui, oui…

Georges. — Je voudrais ne plus y penser… j’y pense malgré moi… je suis un peu énervé.

D’Andrésy. — Ne vous excusez pas, c’est logique. Vous êtes en proie au soupçon. C’est peut-être ce qu’il y a de plus bouleversant. Car le soupçon, qui est à la fois un mélange de curiosité fiévreuse et de crainte souvent d’en trop apprendre, est l’un des états de la sensibilité, qui se supporte le moins aisément. À ces moments-là, il semble que plus rien n’a de certitude, tout prend un aspect d’insécurité. Les gens vous apparaissent hostiles, le sol vous manque. Oui, mon cher, il y a dans le soupçon, quelque chose de perfide, de lancinant, et de vertigineux… Ah ! ce sont là des moments passionnants pour un psychologue… C’est intéressant.

Georges. — Pour les autres… Car lorsqu’il se porte sur un être que l’on aimait, que l’on estimait, il n’est rien de plus affreux que le soupçon.

D’Andrésy. — Si, il y a la certitude.

Georges. — Mais non… pas quand on aime les gens ; quand on aime, on est partial. Vos ennemis sont assez partiaux avec vous, pour qu’on soit partial avec ses amis. C’est une banalité que de le dire, on aime ses amis souvent plus pour leurs défauts que pour leurs qualités… Et tenez, j’aurais un ami, qui serait un voleur, et qui viendrait me le dire, un ami que j’aurais des raisons d’aimer vraiment, qui m’aurait, par