Page:Jevons - La monnaie et le mécanisme de l’échange.djvu/14

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où la portion de son bien qu’on céderait égale en utilité celle qu’on recevrait, de telle sorte qu’il n’y aurait plus de gain : si l’on poussait l’échange plus loin il y aurait perte. Sur ces considérations il est facile d’établir une théorie de la nature de l’échange et de la valeur que j’ai exposée dans mon livre[1] intitulé « Théorie de l’Économie politique. » On y voit que les lois bien connues de l’offre et de la demande sont conformes à cette idée de l’utilité, et fournissent ainsi une vérification de la théorie. Depuis la publication de l’ouvrage que je viens de citer, M. Léon Walras, l’ingénieux professeur d’économie politique de Lausanne, est arrivé de son côté à la même théorie de l’échange[2], ce qui est, pour la vérité de la théorie, une confirmation remarquable.

la valeur exprime le rapport des objets échangés.

Fixons maintenant notre attention sur ce fait que, dans tout échange, une quantité déterminée d’une substance est échangée contre une quantité définie d’une autre substance. Les choses échangées peuvent être extrêmement différentes de leur nature et se mesurer de diverses manières. Nous pouvons donner, par exemple, un certain poids d’argent contre une certaine longueur de corde, ou un tapis d’une certaine surface, ou un certain nombre de gallons de vin, ou une force de tant de chevaux, ou un transport à telle distance. Les quantités à mesurer peuvent s’exprimer en termes d’espace, de temps, de masse, de force, d’énergie, de chaleur, ou en unités physiques quelconques. Mais toujours chaque échange consistera à donner tant d’unités d’une chose pour tant d’unités d’une autre, chaque chose étant mesurée de la manière qui lui est propre.

Ainsi tout acte d’échange se présente à nous sous la forme d’un rapport entre deux nombres. D’ordinaire on emploie le mot de valeur, et si, aux prix courants, une tonne de cuivre s’échange contre dix tonnes de fer en barres on a

  1. Theory of political economy, in-8, 1871 (London, Macmillan)
  2. Walras, Éléments d’économie politique pure. Lausanne, Paris (Guillaumin), 1874.