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ISÈRE.

Savoie (1691-92), en représailles de l’incendie du Palatinat.

Depuis 1628, le Dauphiné avait perdu sa représentation traditionnelle, ses États provinciaux : il formait un gouvernement militaire, une généralité financière, une intendance administrative, mais il n’était plus cette province quasi-indépendante qui s’était librement donnée au roi de France en stipulant le maintien de ses vieilles franchises. L’esprit des habitants de ce pays montagneux et sauvage était cependant demeuré fier, et quand la France, à la fin du dix-huitième siècle, se réveilla en essayant de détruire à jamais ce qu’on a appelé depuis l’ancien régime, les Dauphinois, se distinguant par leur enthousiasme, furent les premiers à donner l’exemple de la résistance.

Grenoble était devenue la principale ville de la province : elle était le siége du Parlement, créé en 1453, la résidence du gouverneur, de l’intendant, d’une chambre des comptes, d’un évêché suffragant de l’archevêché de Vienne ; sa population s’était considérablement accrue depuis que Lesdiguières avait étendu l’enceinte. Aussi, lorsque les ministres aveugles du faible Louis XVI essayèrent de briser la résistance qu’opposaient à leurs édits arbitraires les différents parlements de France et qu’ils exilèrent celui de Grenoble, cette ville se souleva. Les habitants empêchèrent les magistrats de partir pour l’exil, et la journée du 7 juin 1788, dite la Journée des Tuiles (parce que les soldats furent assaillis de pierres et de tuiles lancées du haut des toits), fut comme le prélude des journées de la Révolution. Une assemblée des notables de la ville convoqua d’elle-même les municipalités : les députés des trois Ordres affluèrent à Grenoble de toute la province et reconstituèrent les anciens États provinciaux. Le gouverneur n’osa s’y opposer et laissa les députés se réunir au château de Vizille où, le 22 juillet 1788, ils tinrent une séance fameuse de seize heures : sous l’influence de Mounier et de Barnave, noms qui n’allaient pas tarder à devenir célèbres, nobles, clergé, tiers état, s’accordèrent « pour refuser tout impôt nouveau, tant que les représentants des trois Ordres n’en auraient pas délibéré