Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, Eugène Fasquelle, 1904, Tome 4.djvu/405

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accepter le débat mit en éveil les socialistes. Fournière proposa une suspension de séance, pour donner aux groupes républicains de la Chambre le temps de se concerter avec ceux du Sénat. C’est ce que Dupuy voulait surtout éviter. Il poussa Albert de Mun à combattre la motion de Fournière, qui fut repoussée, mais seulement à neuf voix[1]. Quelques radicaux[2], presque tout le centre[3] votèrent avec la droite, avec Déroulède et Drumont.

Bos mêla deux thèses : l’incompétence du conseil de guerre et le sursis ; Massabuau s’appuya d’un discours de Monis sur la séparation des pouvoirs, qui avait fort contribué autrefois à la chute de Bourgeois : « Il ne faut pas qu’on vous voie choisissant le juge certain pour le procès certain[4], » — comme si le juge certain, ce n’avait pas été précisément le conseil de guerre.

On savait que Millerand élèverait le débat, ce qu’il fit, rien qu’avec des arguments juridiques, par une « démonstration impersonnelle » ; il établit si fortement le droit absolu du Gouvernement à modifier l’ordre de convocation que Cassagnac lui-même, puis Freycinet et Dupuy renoncèrent à le contester : « Si vous n’usez pas de votre droit, si les juges militaires n’usent pas du leur qui est de surseoir, c’est sur vous que retombera la responsabilité. »

Mais l’inattendu fut l’intervention de Poincaré. Comme Massabuau dénonçait, une fois de plus, le Syndicat,

  1. Par 253 voix contre 244.
  2. Dujardin-Beaumetz, Odilon-Barrot, Montaut, Wilson, etc.
  3. Méline et ses anciens ministres, sauf Barthou. — Quelques modérés (Ribot, Aynard, Poincaré, Bouvier, Étienne, Caillaux, Arène, Decrais, Lannes, de Montebello, Cruppi, Antoine Perrier, Jules Roche, Allombert) votèrent, avec les socialistes et les radicaux, pour la suspension.
  4. Sénat, séance du 15 février 1896.
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