Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/108

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— une ressemblance d’écriture qui n’avait été constatée encore par aucun expert ! — « pour supposer la trahison ou l’espionnage ». Il devait donc « obéir à la loi qui ordonne de poursuivre ces crimes ».

C’était sa première raison, et il donna encore celle-ci :

« Le fait est déjà connu par tous les officiers qui ont été mêlés au début de l’enquête, connu des experts qui ont eu à procéder à la vérification des écritures[1]. Il est vrai qu’on ne connaissait pas le nom de l’officier. Dans ces conditions, un scandale en sens inverse se produirait, et nous serions accusés d’avoir pactisé avec l’espionnage[2]. »

Il est visible que ce même argument avait, depuis plusieurs jours, décidé Mercier. Quelqu’un le lui avait-il fait valoir ? Des officiers qui avaient été mêlés au début de l’enquête, lequel lui inspirait la crainte d’une coupable indiscrétion ?

Mercier obéissait à cette peur de la presse. L’honneur d’un soldat dépendait de la terreur qu’inspiraient quelques journaux au ministre de la Guerre ! Et non seulement l’honneur d’un soldat, mais, bientôt, le repos, la paix, l’honneur d’un grand pays, qu’il allait précipiter, pour de longues années, dans un abîme de maux.

Conflit dramatique et combien gros d’enseignements !

Hanotaux insista encore, « mais il ne put rien obtenir ». Mercier lui apprit que « des ordres étaient donnés pour qu’un officier de police judiciaire procédât à la perquisition chez l’officier soupçonné ». Cependant il ne lui parla que de perquisitions, non de l’arrestation imminente, fixée déjà par lui pour le lendemain de son

  1. Gobert connaissait le bordereau depuis une heure, et n’avait pas encore commencé son expertise.
  2. Rennes, I, 220, Hanotaux (Note du 7 décembre 1894).