Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/118

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XXI

D’abord[1], dès le début de sa rapide étude, il a été frappé « par des coïncidences nombreuses, par des formes graphiques absolument anormales, et par conséquent, très caractérisées[2] ». Mais, aussi, « par la présence d’un certain nombre de divergences graphiques, de formes exceptionnelles[3] ». Et il en est tellement frappé, — notamment du double s dont l’ordre était inverse sur le bordereau et dans l’écriture authentique de Dreyfus, — qu’il s’en expliqua tout de suite avec Du Paty. Il le pria, en effet, « de faire rechercher au ministère s’il n’existait pas un scripteur présentant ces formes exceptionnelles ». Du Paty lui dit qu’il avait déjà entretenu Boisdeffre de cette particularité qui l’avait frappé ; Boisdeffre lui avait répondu « qu’on n’avait découvert, au ministère, aucun officier employant l’s long en second ; un stagiaire avait eu cette habitude ; mais il avait quitté depuis deux ans[4] ».

Quand cette recherche a-t-elle été faite ? Toutefois Bertillon ne se rassure pas ; il se demande comment « le scripteur, personne incontestablement intelligente, a pu écrire une lettre aussi criminelle, sans presque déguiser son écriture[5] ».

Observation exacte que celle de cette écriture non

  1. Bertillon a raconté lui-même son expertise, à la Cour de cassation et à Rennes. Je suis son récit.
  2. Rennes, II, 322, Bertillon.
  3. Cass., I, 489, 490, Bertillon.
  4. Cass., I, 489 ; Rennes, II, 336, Bertillon.
  5. Rennes, II, 322, Bertillon.