Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/255

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perpétuelle, ne toucherait plus notre génération ? »

La contagion du fanatisme fut si rapide, que, dans plus de la moitié de la France, où nul écho jusqu’alors n’avait répondu aux excitations de Drumont et des jésuites, la haine contre les juifs éclata aussitôt[1]. Les paysans abordaient les députés : « Quand nous délivrerez-vous des juifs ? »

La poussée d’antisémitisme, faible jusqu’alors, paraît incompressible ; les observateurs du dehors s’en étonnent ou s’en indignent : mais comment nier ce grand mouvement collectif, cette fureur ethnique, poussée, dans une nuit, au paroxysme ?

Par la trahison du juif, la traîtrise de tous les juifs est démontrée.

XI

Spectacle douloureux, humiliant, que celui de ces haines, qui se précipitent comme des paniques. Quoi ! ce peuple manquera toujours de sang-froid ! Et ces principes de la Révolution, qu’on croyait acquis à jamais, construits sur le roc, ne sont bâtis que sur le sable, à la merci du vent qui passe !

Mais la tempête ne s’acharnait pas seulement contre Dreyfus et les juifs ; elle souffle aussi contre Mercier.

Henry, en effet, d’autres encore restaient inquiets. « À quoi bon ce magnifique effort, si Mercier laisse la justice libre, si le procès de Dreyfus doit être public et loyal ? »

  1. Tous les articles de Drumont, Rochefort, Judet, sont aussitôt reproduits, commentés et développés par la presse de province. On en remplirait des volumes.