Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/333

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les autres chefs, d’aujourd’hui et de demain, chez Zurlinden notamment, qui trouve que « l’écriture du bordereau présente incontestablement un caractère de régularité géométrique[1] ». Rien de plus convaincant, que l’inintelligible. Chacun veut l’avoir compris.

Ceux-là sont rares, partout, qui s’inspirent de la maxime de Marc Aurèle : « Nul regard, ne fût-ce qu’un instant, à rien autre chose que la saine raison[2]. »

Comme le Président de la République semblait garder des doutes sur la culpabilité de Dreyfus, Mercier insista près de lui pour qu’il entendît Bertillon. Quand il l’aurait entendu, il ne conserverait plus un doute[3].

Casimir-Perier consentit à recevoir Bertillon deux jours de suite, le 14 et le 15 décembre, et jugea que l’homme était fou, un aliéné raisonnant.

IV

D’Ormescheville déposa son rapport le 3 décembre. Il l’avait rédigé en une étroite collaboration avec Du Paty[4].

Il débutait par une manière d’exposé historique. « La base de l’accusation est une lettre missive, écrite sur

  1. Rennes, I, 210, Zurlinden. — De même Roget : « Le bordereau est d’une écriture truquée, géométrique ; il a été écrit avec un mot clef. » (Rennes, I, 276.)
  2. Pensées, VIII.
  3. Rennes, I, 65, Casimir-Perier : « Le 14 et le 15 décembre, j’ai reçu M. Bertillon sur les instances du ministre de la Guerre qui jugeait très curieuse sa démonstration, très intéressantes et très concluantes ses comparaisons d’écriture, et je dois avouer que je les ai jugées différemment. »
  4. Cass., II, 73 à 89. — Le rapport de D’Ormescheville fut publié, pour la première fois, dans le Siècle du 7 janvier 1898.