Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/361

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possible à qui ne connaissait pas l’écriture du bordereau. Même aujourd’hui, je crois probable qu’Henry, grand lecteur du Petit Journal, quand il dénonça Dreyfus à la Libre Parole, se rappelait ce passage : « Seigneur ! s’écria Mme De Prabert en joignant ses belles mains pâles, qu’est-ce qu’on lui fera ? — On l’arrêtera tout aussitôt, et on le bloquera à la prison du Cherche-Midi, en attendant le conseil de guerre, et le soir même, un journal à ma dévotion publiera, à grand fracas, un article racontant l’infâme trahison d’un officier français et donnant le nom de M. Philippe Dormelles en toutes lettres. Vous verrez le magnifique scandale ! Et après cela, quand même le capitaine se tirerait du guêpier, ce qui me semble très problématique, il reste à tout jamais suspect et déshonoré. Et, nous sommes vengés, bien vengés[1] ! »

III

L’entretien mal démenti de Mercier ralluma à la fois les polémiques de presse et les difficultés diplomatiques. En disant que Dreyfus n’avait pas trahi en faveur de l’Italie ou de l’Autriche, Mercier avait nommé l’Alle-

    que l’on sait, à Paris, l’homme de paille du major Von Slippen, chef du service des renseignements du grand État-Major allemand, adresse transcrite avec le talent merveilleux de ce cher oncle. Une lettre d’un texte habile que M. Dormelles ne pourra désavouer, tant elle est indiscutablement de son écriture et que voici, sera jointe à l’envoi… » (p. 167).

  1. Ibid., p, 168. — Le Petit Temps du 2 décembre 1894 publia les principaux passages de ce chapitre. Coup de sonde que j’avais voulu jeter, mais qui ne rapporta rien. On fit le silence sur cette publication gênante.