Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/381

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suspecte, forgée pour les besoins de la cause. Mais ce fut pour Du Paty une preuve de plus.

Tel était le commentaire que Du Paty avait établi sous la direction de Sandherr. Il le remit au chef du bureau des renseignements. Et il affirme ne pas savoir ce que Sandherr en a fait[1].

VI

Le commentaire de Du Paty parut à la fois insuffisant et compliqué. Il fallait, pour être communiqué aux juges, quelque chose de plus clair, de plus saisissant. Quelqu’un — mais qui ? — rédigea une autre notice, en deux pages et demie, d’une belle écriture calligra-

    plus intime, et tout ce que fait l’un est immédiatement transmis à l’autre ; ils travaillent en quelque sorte en commun. Dites bien de ma part au commandant Henry, qui pourra le répéter au colonel, au ministre de la Guerre, qu’il y a lieu de redoubler de surveillance ; car il résulte de ma dernière conversation avec eux qu’ils ont, dans les bureaux de l’État-Major, un officier qui les renseigne admirablement. Cherchez, Guénée ; si je connaissais le nom, je vous le dirais. » — 2° À l’agent Guénée, au commencement d’avril 1894 : « Vous avez un ou plusieurs loups dans votre bergerie, cherchez. Je ne saurais trop vous le répéter ; je suis certain du fait. » — 3° Au commandant Henry, en juin 1894 : « Un officier du deuxième bureau de l’État-Major, ou ayant appartenu, en tous cas, à ce bureau en mars et avril, renseigne Schwarzkoppen et Panizzardi. Je suis sûr de ce que je dis, mais je ne connais pas le nom de l’officier. Du reste, si je le connaissais, je ne vous le dirais pas. » — Mercier, à Rennes, verse lui-même au dossier la copie de ces trois notes (I, 85) dont le greffier donne lecture. Cavaignac (Rennes, I, 187) insiste sur la valeur des deux premières, « que le colonel Sandherr fit enregistrer et dater », mais passe sous silence la troisième, ayant appris enfin à tenir pour faux tout ce qui émane d’Henry.

  1. Rennes, III, 512, Du Paty : « Une fois le commentaire terminé, le colonel Sandherr l’a pris, et je ne sais pas ce qu’il en a fait. »