Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/389

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D’autres tentatives furent faites.

À la prière de Demange, Waldeck-Rousseau se rendit chez le Président de la République ; si le huis clos n’est pas prononcé, la défense prend l’engagement d’observer dans les questions diplomatiques la plus grande réserve[1].

Casimir-Perier répondit à Waldeck-Rousseau, « avec bienveillance[2] », qu’il transmettrait la demande aux ministres, mais « que, personnellement, il ne pouvait rien pour y donner satisfaction[3] ».

Je fus reçu le même jour[4] par le Président de la République. Obsédé, comme je l’ai dit, par l’idée d’une erreur judiciaire, j’étais allé trouver Demange que je connaissais de longue date. Il refusa de m’ouvrir son dossier, de me rien révéler des faits de la cause, sauf ce point qu’une seule pièce, d’une écriture contestée, faisait toute l’accusation ; mais il m’affirma sa certitude que Dreyfus était innocent, et me pria, à mon tour, de dire à Casimir-Perier que la publicité des débats serait le salut d’un officier injustement accusé[5]. J’insistai

    qu’au besoin nous dépenserions toute notre fortune pour découvrir le véritable traître, pour arriver à la découverte de la vérité. Car il y a bien un traître, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas mon frère… » La conversation continue. À la fin : « Nota : Le précédent entretien est rapporté aussi fidèlement que ma mémoire me l’a permis ; en tout cas, c’en est le sens exact, » Signé : « Sandherr. » — Cordier, à Rennes, fait un récit analogue (II, 617), et Mercier lui-même (II, 555).

  1. Les conclusions de Demange contre le huis clos, à la première audience du procès, visent, en termes formels, cet engagement. — Voir Appendice XIII.
  2. Rennes, I, 165, Demange.
  3. Rennes, I, 66, Casimir-Perier.
  4. 14 décembre.
  5. « Le procès criminel sera-t-il mis sous les yeux du public ? Alors on verra si le rapport contradictoire d’un chirurgien et quelques méprises frivoles doivent l’emporter sur les démonstrations les plus évidentes que l’innocence ait jamais produites. » (Voltaire, xxxvi, p. 138, Lettre de Donat Calas.)