Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/397

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taires et professait pour l’armée le culte d’un grognard de l’Empire, Bûcheron, dit Saint-Genest, eut le courage, presque inconscient et tranquille, qui manquait aux autres. Il s’attaqua directement à Mercier dans le Figaro, dont il était le plus ancien collaborateur.

Il débuta[1] par la confession que Mercier l’avait déçu. Il l’avait pris pour un vrai soldat, mais n’avait pas tardé à reconnaître que jamais, depuis le maréchal Lebœuf, chef plus incapable, plus dénué de jugement et plus maladroit, « plus atteint de la pourriture parlementaire », n’avait été imposé à l’armée. « N’importe où l’on allait, que ce fût dans un régiment d’infanterie, de cavalerie même, c’était un concert unanime » de récriminations, de plaintes exaspérées. Les inspecteurs d’armée en avaient informé le chef de l’État ; son renvoi était décidé : tout à coup éclate l’affaire Dreyfus. « Et Mercier s’en empare pour se sauver. » Comme Boulanger, il a conclu un pacte avec la presse révolutionnaire, est devenu son héros et celui « de tous les camelots ». À entendre ses panégyristes, « c’est lui seul qui représente l’honnêteté dans le Gouvernement, lui seul qui regarde la Prusse en face ; lui seul brave la colère de Guillaume II et répond fièrement à M. de Munster, absolument comme Boulanger » ! Sans lui, les juifs étouffaient l’affaire. Or, « l’honnêteté est une belle chose, mais il ne faut pas se faire donner un brevet de probité personnelle par les démagogues, au détriment du Gouvernement auquel on appartient, et, par-dessus tout, en faisant soupçonner des hommes tels que le général Saussier ».

En effet, depuis plusieurs jours, la Libre Parole et l’Écho de Paris s’en étaient pris à Saussier : il avait

  1. Pas d’équivoque, dans le Figaro du 11 décembre 1894.