Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/399

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rain avaient déjà fait livrer le Juste. Combien plus puissant le peuple-roi ! Or, une fois de plus, le peuple, lecteurs de journaux, électeurs de députés, est ameuté contre un juif. Ses chefs, ses serviteurs, quand ils ne hurlent pas avec lui, se taisent, Pilâtes qui laissent accomplir le crime.

Les officieux de Mercier avaient éclaté en cris de rage. Saint-Genest est « l’ami du traître[1] », évidemment payé pour cette honteuse besogne[2]. Il travaille « à sacrifier un général français à la coalition des vendus de la finance et de l’espionnage[3] », il a pris le mot d’ordre d’Outre-Rhin[4]. Ce « reptile de France » a reçu à la fois l’or juif et l’or allemand[5]. « La langue française est trop pauvre, c’est ce qui m’empêche de qualifier M. Bûcheron[6]. » Pourtant, le vocabulaire de Papillaud est riche[7].

Saint-Genest ne se laissa pas intimider ; il redoubla[8]. Il dit vertement à la presse qu’elle abusait de son droit de passionner les foules. « Il n’y a que des sensations en France. Dans un autre pays, chez des gens qui réfléchissent, comme les Anglo-Saxons, on aurait dit simplement : Cette machine infernale est-elle sérieuse ? Ce capitaine est-il coupable ? Mais chez nous, où tout devient une question politique, on nous dit : Oui ou

  1. Patrie du 12 décembre 1894.
  2. Intransigeant du 13.
  3. Libre Parole du 12.
  4. Croix du 12.
  5. Cocarde du 13, article de Barrès.
  6. Libre Parole du 12.
  7. Sauf la Lanterne, toute la presse radicale et socialiste fit le silence sur l’article de Saint-Genest, prophète criant dans le désert. On le laissa aux prises avec la presse de l’État-Major et des jésuites.
  8. Le salut du pays avant tout, dans le Figaro du 13 décembre.