Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/420

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des juges subordonnée à la publicité ; il sait qu’ils jugeront selon leur conscience : « Mais, quoi ! depuis sept semaines, l’honneur d’un officier de l’armée française a été livré sans défense aux polémiques les plus outrageantes ! »

Violemment, Maurel se lève : « En vertu de mon pouvoir discrétionnaire, j’ordonne que le conseil se retire ».

La voix de Demange se perd dans le bruit des commandements militaires.

Les autres juges ignoraient tout du dossier, — si peu compromettant, on le vit par la suite, pour la défense nationale. Mais comment ne l’eussent-ils pas supposé bourré de preuves redoutables ? Seules, de telles preuves avaient pu faire l’ardente conviction de l’État-Major. Tous connaissaient la retentissante déclaration de Mercier, et plusieurs avaient reçu[1] l’assurance que Dreyfus était coupable.

Enfin, Maurel leur aurait révélé la prétendue tactique de Demange, sa ruse grossière pour empêcher la vérité d’être connue.

Rentrés dans la salle du conseil, ils lurent les conclu-

  1. Cass., I, 129, Picquart : « Il convient de dire que dans le conseil se trouvaient plusieurs officiers, qui avaient des relations avec nous. (Par nous, j’entends le ministère.) Ainsi le lieutenant-colonel Echemann qui, d’après ce que m’a dit plus tard le colonel Sandherr, lui avait parlé, à lui Sandherr, de l’affaire, et avait reçu de ce dernier l’assurance que Dreyfus devait être réellement coupable. (Je suis presque sûr que c’est avant le jugement.) Il y avait aussi le capitaine Gallet qui, j’en suis à peu près certain, avait causé de l’affaire avec le capitaine Henry. Si ma mémoire est fidèle, Gallet est parent de M. Poirson, alors directeur de la Sûreté générale, qui était constamment en relations avec le bureau des renseignements, surtout pour les affaires d’espionnage. »