Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/471

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formée en salle d’attente, il ne doutait pas de son acquittement. Au bout de quelques minutes, l’angoisse le prit. Il savait que les verdicts d’acquittement sont prononcés sans débat, tout de suite. Le temps qui s’écoulait, dont il comptait les minutes, lui dit son malheur. L’agent principal[1], qui le gardait, chercha à le rassurer. Cet humble était bon. Dreyfus ne voulut croire que le raisonnement, son expérience.

La tête en feu, il marchait à grands pas. C’est long, une heure. Enfin, la porte s’ouvrit, et Demange parut. Il ne dit pas un mot, se jeta en pleurant dans les bras de l’infortuné.

Quelques instants après, quand le dernier spectateur eut quitté l’hôtel du Cherche-Midi, Brisset descendit dans le vestibule du tribunal[2]. La garde s’y assemble en armes. Dreyfus est amené, s’arrête à trois pas, stoïque, dans l’attitude militaire, la tête droite, les bras contre le corps. La nuit était venue. Le greffier, à la lueur d’un candélabre, donne lecture du jugement. Le condamné écoute en soldat l’horrible verdict prononcé par des soldats, lu, devant d’autres soldats, par un soldat.

Brisset lui dit : « La loi vous accorde un délai de vingt-quatre heures pour exercer votre recours devant le conseil de revision. »

Dreyfus resta encore maître de sa douleur. Mais quand il eut été ramené dans la salle de l’infirmerie, son désespoir éclata dans une scène atroce. Il appelait la mort, et, comme fou, se précipita pour se briser la tête contre le mur. L’agent Ménétrier le saisit à bras le

  1. Ménétrier.
  2. Et non dans la cour ; selon le récit des journaux du lendemain.