Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/542

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Il cause cinq minutes avec lui, et Boisdeffre, en sortant, dit à Picquart qu’il n’a plus besoin de lui[1].

Si Mercier avait pris pour des aveux les propos que donnaient les journaux, sa joie eût été grande, et il ne s’en fût pas caché devant Picquart, dans le plein de sa victoire. Mais, ayant reconnu dans la mensongère nouvelle la déformation de la réponse de Dreyfus à Du Paty, il s’en inquiète, loin de s’en réjouir, parce que la démarche de Du Paty, qui révèle sa propre incertitude, doit rester ignorée, et que le nom de l’Allemagne, qui figure dans les prétendus aveux, ajoutera de nouvelles difficultés aux complications diplomatiques, qui venaient de surgir le jour même.

III

L’empereur Guillaume, en effet, était entré lui-même en scène.

La note officielle du 30 novembre n’avait trompé que le comte de Munster. Quand le ministre des Affaires étrangères y déclarait « que les allégations des journaux, au sujet des ambassades et légations étrangères à Paris, étaient dénuées de tout fondement », il l’entendait des fables colportées par la presse. Munster, au contraire, qui pense que sa parole de gentilhomme n’a pas été mise en doute par Hanotaux, applique ce démenti au fait même contre lequel il a protesté, affirmant

  1. Cass., I, 142 ; Rennes, I, 382, Picquart. — Rennes, I, 520, Boisdeffre : « Je ne nie pas du tout ce qu’a dit le colonel Picquart ; je ne dis qu’une chose, c’est que je ne me souviens pas et que je suis étonné que les choses se soient passées ainsi. »