Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/606

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pareil sujet, aurait eu quelque ampleur, aurait été marqué de quelque émotion.

Or, Casimir-Perier, Hanotaux et Mercier se trouvent d’accord pour donner une version différente.

Je conclus, en résumé, que Mercier a informé successivement, à la date du 10 octobre, le Président de la République, à l’Élysée, et le président du Conseil, au ministère de l’Intérieur. Sur quoi, Mercier et Dupuy décidèrent la réunion du petit conseil pour le lendemain.




En ce qui concerne « les objections très sérieuses » d’Hanotaux, au petit conseil, Mercier les mentionne[1], mais il en dénature le caractère :

« Le ministre des Affaires étrangères nous représenta que les relations avec les puissances extérieures pourraient être gravement compromises si on mettait ces puissances directement en cause. Nous nous rendîmes, dans une certaine mesure, à ces observations ; mais nous convînmes simplement que des mesures seraient prises pour éviter de nommer ces puissances et de les faire intervenir, s’il y avait une suite judiciaire à donner à l’affaire. »

La tendance de cette rédaction est manifeste : Hanotaux n’aurait pas fait valoir l’insuffisance des preuves recueillies ; il se serait borné à demander que les puissances, avec lesquelles le traître avait trafiqué, ne fussent point nommées au procès. Ce pluriel n’apparaît dans aucune des autres dépositions.

Sur cet incident, Dupuy[2] fait preuve d’un manque de mémoire invraisemblable. Il nomme les ministres qui assistèrent au petit conseil : lui même, Mercier, Guérin, « Hanotaux (peut-être) ». Ce « peut-être » permet à Dupuy

  1. Rennes, I, 88, Mercier.
  2. Cass., I, 657, Dupuy.