Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/636

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connaître à la section du personnel, un mois avant les époques fixées pour l’accomplissement des périodes de service de troupes, les préférences exprimées par les officiers stagiaires en vue de leur affectation régimentaire.


XV

hippolyte laroche et freystætter

« En 1896, dépose Laroche[1], alors que j’étais résident général à Madagascar, avant que l’on ne parlât d’erreur judiciaire dans le procès du capitaine Dreyfus, au cours d’une conversation, il m’arriva de demander si quelqu’un connaissait la nature de la trahison.

« Mon officier d’ordonnance, le capitaine du génie Duprat (actuellement à Grenoble), entendant ma question, y répondit aussitôt : « Dreyfus a été condamné pour avoir livré à l’étranger les plans de forteresse de la région de Nice. Il y a ici même un des juges de Dreyfus, le capitaine Freystætter, de l’infanterie de marine ; nous le voyons quelquefois et il nous a dit publiquement : « Cette canaille de Dreyfus a livré à l’étranger les plans de forteresse de la région de Nice. Voilà pourquoi nous l’avons condamné. »

« À diverses reprises, depuis cette époque, je suis revenu sur ce sujet avec mon officier d’ordonnance et il m’a toujours répété, dans les mêmes termes, la révélation que le capitaine Freystætter avait faite devant lui. J’en ai gardé la conviction que, de toutes les charges qui avaient pu être relevées contre Dreyfus, celle-là seule ou celle-là surtout avait frappé l’un de ses juges.

« Pendant longtemps, je n’eus aucune raison de supposer que cette accusation particulière et déterminante n’eût pas été discutée avec l’accusé et le défenseur ; mais

  1. Cass., I, 472.