Page:Joubert - Pensées 1850 t2.djvu/344

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Enfin, ce n’est peut-etre pas l’erreur qui trompe du vrai au faux, mais celle qui trompe du bien au mal, qui est funeste. La premiere, je l’observe en passant, nfa pu jamais etre durable. Il y a plus, elle ne produit meme pas toujours tout le mal qui, par une inevitable consequence , semble devoir en decouler; car il arrive souvent qu’on a le sentiment d’une vérite dont on n’a pas l’opinion, et qu’en pareil cas on assortit sa conduite avec ce qu’on sent plutôt qu’avec ce qu’on pense. Cela parait aussi suhtil que ce que j’ai dit plus haut ; mais je l’avance plus hardiment, et vous allez savoir pourquoi.

Cette pensée est bien de moi, et je la tiens de mon expérience ; mais elle n’est pas de moi seul. Je crois aussi que les expressions sont miennes ; mais elles ne sont pas de moi seul non plus. Je me souviens qu’un autre a dit a peu pres Ia meme chose. Or, savez-vous quel est cet autre ? C’est un homme dont le grand sens egalait pour le moins l’esprit, c’est Bossuet, dans ses disputes sur Ie quietisme, et à propos de Fenelon, dont il voulait expliquer les vertus, qui lui semblaient en contradiction avec les monstruosités de sa doctrine. Vous trouverez sans doute que je cite la une grande autorite, ct je Ia trouve encore plus grande que vous; car, a mon gre, Bossuet, I c’est Pascal, mais Pascal orateur, Pascal eveque, Pascal docteur, Pascal homme et homme d’etat, homme de cour, homme du monde, homme d’egIise, Pascal savant dans toutes sortes de sciences, et ayant toutes les vertus aussi bien que tous les talents. Je m’arrete: je crains de vous scandaliser.

Je coupe court, fort peu content de tout ceci, mais soulage du moins d’avoir fait ce premier acte d’explication, et jete ce morceau de levain dans votre pate. Sachez-moi