Page:Kann - Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-Orient.djvu/332

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qui s’écoulait lentement des bidons crevés. Je le laissai à sa désolation.

En rentrant dans la ville russe, je rencontrai quelques-uns des correspondants attachés à l’état-major de Kouroki. Ce sont des vétérans ; ils suivent la première armée depuis la bataille du Yalou. Nous leur offrons de partager notre modeste repas. L’invitation n’est pas tentante, car les conserves emportées du Japon commencent à s’épuiser. Ici, on ne peut rien acheter. Le pillage a rendu les Chinois méfiants au point de refuser de rien vendre, malgré les prix royaux que nous leur offrons et les bons de guerre que nous leur fourrons sous le nez.

Notre conversation avec nos nouveaux collègues se limite, bien entendu, à un échange de doléances réciproques. Ils ont eu autant, sinon plus à supporter que nous. L’un d’eux, pour avoir frappé un boy qui le volait et refusé de lui faire des excuses, a été emprisonné et menacé du conseil de guerre.

Leur détachement, néanmoins, est sain et sauf, ainsi que celui des attachés militaires de la première armée. Parmi ces derniers, un officier l’a échappé belle à deux reprises. C’est le général anglais Ian Hamilton, qui jadis se trouvait en face de moi à la bataille de Diamond-Hill au Transvaal ; il est devenu depuis mon ami sur le paquebot qui nous porta tous deux de Marseille à Yokohama.