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PRÉFACE.


fondre les genres ; et de cette combinaison de deux éléments hétérogènes, le plaisir et le travail, naîtra quelque chose qui ne sera pas le travail et qui ne sera même plus le plaisir 1[1]. Bien loin d’avoir peur du travail pour les enfants, il faut le leur enseigner comme un des privilèges de notre nature, comme une bienfaisante nécessité qui nous arrache à nous-mêmes, c’est-à-dire à l’ennui, et qui seule donne au repos quelque saveur. Puis le travail, c’est l’ordre et c’est la règle, et l’éducation ne doit pas être œuvre de hasard et de caprice. Au nom de l’ordre et de la règle encore, Kant va jusqu’à condamner cette curiosité turbulente des enfants, ces questions qui embarrassent, cette indiscrétion enfin dont se réjouissent la plupart des parents, comme de la première dent de l’esprit, et comme d’une promesse de pensée. On ne se donne pas à soi-même, on reçoit la véritable éducation. Être imposée n’est pas son moindre titre. Qu’est-ce a dire, sinon que l’éducation de la volonté pénètre l’éducation intellectuelle comme l’éducation physique ? Si elle n’est pas tout, chez Kant, elle est partout. Nous traitions d’elle, alors que nous croyions ne traiter que des autres parties de l’éducation. Mais il est temps de s’en occuper pour elle-même, dussions-nous ne pas éviter d’inévitables redites.


IV.


L’ESPRIT DE MÉTHODE ET DE DISCIPLINE.


La moralité vraie suppose une intention éclairée, une pensée. Ainsi a-t-il fallu apprendre à penser. Mais cette

  1. 1 Cf. Rousseau, Émile, II : « Ce qu’on fait pour rendre l’éducation agréable aux enfants les empêche d’en profiter. » — Madame de Staël, De l’Allemagne, 1re partie, ch. xviii : « L’éducation faîte en s’amusant disperse la pensée ; la peine est en tous genres un des plus grands secrets de la nature ; et l’esprit de l’enfant doit s’accoutumer aux efforts de l’étude, comme notre âme à la souffrance. »