Page:Kant - Anthropologie.djvu/103

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toutes les plantes même (par suite de l’analogie qu’elles soutiennent avec les animaux) pour restaurer les forces exercées et comme dépensées pendant la veille. Mais il semble, au contraire, que si la force vitale ne conservait pas son activité par les rêves, elle s’éteindrait, et qu’un sommeil parfait entraînerait la mort. — Quand on dit avoir eu un sommeil très profond, sans rêve aucun, c’est donc comme si l’on disait qu’au réveil on ne se rappelle point ces rêves ; ce qui peut très bien arriver dans l’état de veille même, lorsque les imaginations se succèdent rapidement, et qu’on est tellement distrait que si quelqu’un, nous voyant les regards longtemps immobiles et attachés sur le même point, demande à quoi nous pensons, nous répondons : à rien. S’il n’y avait pas, au réveil, un grand nombre de lacunes dans nos souvenirs, conséquence de l’inattention aux représentations intermédiaires, et si nos rêves reprenaient, la nuit suivante, au point où ils auraient cessé la nuit précédente, je ne répondrais point que nous ne crussions vivre alors dans deux mondes différents. — Le rêve est une sage institution de la nature, qui a pour but d’exciter la force vitale par des passions qui se rapportent à des événements involontairement imaginés, pendant que les mouvements volontaires du corps, les mouvements musculaires, sont suspendus. — Seulement, il ne faut pas prendre les histoires de rêves pour des révélations d’un monde invisible.